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Près de 25000 objets sont déposés dans les réserves du Musée gruérien. Ces collections de type ethnographique et historique se caractérisent par leur grande diversité (gravure, dessin, peinture, sculpture, textile, outillage, boissellerie, céramique, mobilier, etc.). Tous ces objets évoquent une culture régionale originale, fondée sur l'économie pastorale, dont les origines remontent à la fin du moyen-âge.
Naissance des "armaillis"
Bénéficiant dès le XIVe siècle des libertés et franchises que négociaient les féodaux, les paysans gruériens se spécialisèrent dans l'élevage. Pratiquant très tôt la clôture des grasses prairies de plaine, il exploitèrent intensément les alpages en créant une forme particulière d'économie alpestre qui dure encore. Le propriétaire ou locataire d'alpage engage un groupe de bergers auxquels il confie son cheptel de mai à octobre. La qualité des herbages et la compétence des vachers, appelés "armaillis", conféra très tôt au fromage et au vacherin de Gruyère une réputation étendue.
Le langage des signes
Cette économie pastorale suscita un art où la perfection de la forme utile s'agrémenta d'une ornementation raffinée. Ainsi, au répertoire païen des signes solaires et exorcistes s'ajouta tout un vocabulaire privilégiant la flore, la faune alpestre et le bétail d'élevage. Une place particulière revint aux thèmes inspirés par l'amour. L'armoire de mariage, apparue en Gruyère à la fin du XVIIIe siècle, résume de belle manière tout ce langage des signes.
L'influence de la France
L'art populaire gruérien fut également nourri par l'influence française. Cela s'explique par la multiplicité des relations entretenues depuis le XVIe siècle. Le service étranger, mais plus encore le commerce de fromages et de bétail, les emplois domestiques et les tours de France des artisans gruériens facilitèrent l'adoption des styles en voque à la cour du roi Très-Chrétien. On ne s'étonnera donc pas de trouver parfois des rinceaux baroques sur une cuillère à crême de chalet.
Fribourg, bastion du catholicisme
Enfin, l'art populaire gruérien est inséparable de l'atmosphère religieuse qui marqua le canton de Fribourg dès la seconde moitié du XVIe siècle. Refusant la Réforme, le gouvernement patricien fribourgeois soutient vigoureusement le clergé dans l'application des principes du Concile de Trente et favorisa l'implantation de nouveaux couvent. Entièrement entourée par les terres bernoises réformées, la République fribourgeoise ne négligea rien pour compenser sa situation insulaire. Sous l'impulsion des Jésuites, le monogramme du Christ (IHS) appelle la bénédiction divine sur les êtres et les choses. Il voisine parfois avec les symboles protecteurs païens. Peint, sculpté, incisé, marqueté, il apparaît partout: sur la porte de la maison, le linteau de la grange, le coffre, la table, la taie de baptême, le collier de la vache, la cuillère, le rabot...
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